DRC Bottom-Up News, N°004, October 2018, French note :  Quelle priorité pour Beni : ADF – Virus Ebola – Processus électoral

 La ville de Beni située à l’Est de la République Démocratique du Congo est exposée aux attaques fréquentes des présumés ADF et à l’épidémie du virus Ebola. Cela marque absolument la fièvre de préparation du grand rendez-vous électoral du 23 décembre 2018.

En effet, depuis quelques années, des vagues mystérieuses de tueries de masse sont enregistrées dans cette partie du pays. Ces tueries, commises principalement à la machette, ont plongé la région dans une brutalité jamais vue dans cette zone, avec un nombre de morts qui ne fait que croître au jour les jours et plus de 180.000 déplacés depuis le début de la principale vague de violence en octobre 2014.1 Malheureusement, l’identité des assaillants reste jusqu’aujourd’hui une énigme.

Depuis plus d’un demi-siècle, la province du Nord-Kivu, dans le massif du Rwenzori à la frontière congolo-ougandaise, est source des tensions permanentes à cause de la persistance de divers groupes armés  dont les ADF, un groupe armé d’origine ougandaise qui y survit de la guérilla, du terrorisme et des trafics illicites des ressources naturelles. Pour J.B. Jaribu Muliwavyo2, le courant géoéconomique et le courant géostratégique expliquent la persistance de ce mouvement.

Les tenants du premier courant considèrent  que cet état de chose prendrait sa source dans les inégalités sociales et économiques de la lutte identitaire des ethnies et des peuples. L’objectif de pouvoir-contrôle politique par un groupe d’un Etat ou d’un territoire est indissociable de l’objectif d’argent-contrôle économique de cet Etat.3 Cette

                                                           

  • GEC, Massacres à Beni : Violence politique, dissimulation, et cooptation, Septembre 2017, [en ligne],

[référence du 26 septembre 2018], disponible sur

http://congoresearchgroup.org/wp-content/uploads/2017/09/Beni-Re%CC%81sume%CC%81exe%CC%81cutifGEC.pdf

  • B. JARIBU MULIWAVYO, Opération des Forces Armées de la République Démocratique du Congo et stratégies de résistance des forces démocratiques alliées dans la région du Rwenzori. Entre « xylocopéisation » et privatisation du territoire, Mémoire de DES en Sciences Politiques et Administratives, Université de Kisangani, 2016-2017, p. 3.
  • CHAUPRADE, Géopolitique. Constantes et changements dans l’histoire, Paris, Ellipses, 3e éd., 2017, p. 520.tendance justifie la persistance de l’insécurité comme une stratégie des Etats voisins par une interposition les richesses de la RDC. Les ADF, comme ils sont constitués d’une mosaïque des peuples, ils constitueraient un bras séculier des Etats voisins de notre pays qui profitent de l’absence de l’Etat pour se mouvoir librement dans cette partie du territoire. C’est ce que confirme Nissé Nzereka Mughendi lorsqu’il écrit : « la faible intégration de l’Etat congolais, à travers ses trois dimensions (spatiale, socioculturelle et par rapport à la modernité) fait le lit des guerres en RDC ».[1]

Le courant géostratégique quant à lui, conçoit la stratégie comme l’art de coordonner l’action de forces militaires, du renseignement et de la politique. Il suppose que le gouvernement civil ou militaire a la responsabilité de piloter et de coordonner des actions, et de manœuvrer habilement pour atteindre le but du bien-être de la société sous sa conduite.[2] Ce courant explique aussi la résistance des ADF par la faillite de l’Etat congolais.[3]

Malgré la mise sur pied de la Force de la Brigade d’Intervention agissant conjointement avec les Forces Armées de la République Démocratique du Congo, l’impact ne se fait pas sentir comme cela a été le cas à Rutshuru avec la mise en déroute des troupes du M23. Au fait, on ne peut bien combattre un ennemi qu’on sait localiser et quantifier en termes de nombre d’hommes de troupe et de puissance de feu. Le phénomène ADF dont le mode de combat est la guérilla existe depuis 4 ans. En principe, le Gouvernement de la RD Congo aurait déjà mis en place une unité formée à cet effet, capable de réagir à des méthodes asymétriques de guerre par lesquelles l’ennemi agit.

Que faut-il recommander ?

Sur le plan interne, il faut que le Gouvernement de la RD Congo renforce ses services de renseignement tant civil que militaire pour avoir les informations en temps utile en y intégrant par exemple l’usage de la géolocalisation, des chiens renifleurs en vue de la détection des assaillants. Tout cela est tributaire de la volonté politique de la part de la  classe dirigeante. Un autre aspect qui peut paraître superfétatoire aux yeux de certains est la mise en contribution des forces d’autodéfense locale. Le comble a toujours été, cependant, après les avoir armées, le Gouvernement n’a toujours pas procédé à leur rétribution et à la récupération des armes leur fournies à cet effet : ce qui est à la base de l’insécurité dans plusieurs contrée de la RDC. En effet, ces forces d’autodéfense pourraient avoir un effet de dissuasion psychologique sur l’ennemi à la suite du mythe qui les entoure selon lequel ils restent invincibles par balles. Le gouvernement pourra procéder à leur cantonnement en vue d’une formation accélérée en matière de conduite de la guerre.

Sur le plan externe, il est d’une impérieuse nécessité de rappeler que l’ADF est d’origine ougandaise. De commun accord avec le gouvernement ougandais, il est facile de démanteler les ramifications de l’ADF en Ouganda car il est impensable voire impossible que le mouvement survive sans subside de la part de ceux qu’on peut appeler « parrains ».  Au-delà de la « protection par projection » que les forces de la Monusco envisage, c’est-à-dire, la mise en place d’une force mobile suivi d’un établissement des bases militaires temporaires dans les localités en risque, des patrouilles de longue portée, il serait de bon aloi que les deux gouvernements congolais et ougandais appuyés par les forces de la Brigade d’intervention envisagent une opération conjointe qui pourra permettre de bien contrer l’assaillant. La lutte contre le phénomène ADF devient de plus en plus complexe suite à l’épidémie à virus Ebola.

Ebola est une maladie grave dont l’issue est souvent fatale aux humains et aux primates. Elle est causée par infection du virus Ebola. Quatre souches dont trois affectent l’homme : Ebola Zaïre, Ebola Soudan et Ebola Côte-d’Ivoire, la quatrième, Ebola Reston les primates. L’origine exacte, la localisation et l’habitat naturel (connu comme “le réservoir naturel”) du virus Ebola restent inconnus. Certains chercheurs pensent que le virus zoonotique est naturellement véhiculé par un animal-hôte présent uniquement sur le continent africain. L’origine de la contamination au début de l’épidémie n’est pas déterminée; toutefois, les chercheurs ont émis l’hypothèse que les premiers malades sont infectés par un contact avec un sujet infecté (le sang, les vomissements, le sperme, la sueur, les excréments, et autres objets qui ont été contaminés). La période d’incubation varie entre 2 et 21 jours. Les symptômes sont violents caractérisés par la fièvre, des maux de tête, des courbatures aux articulations et aux muscles, des maux de gorge, et une intense fatigue, suivis par des diarrhées, des vomissements et des maux de ventre. Très difficile de détecter un sujet récemment infecté. Toutefois, dès que l’on constate les signes précités, il faut isoler le malade et signaler le cas au personnel de santé.[4]

La RDC, qui est un pays dont les systèmes de santé sont fragiles et les infrastructures de santé publique de base insuffisantes, fait face à une répétition de l’épidémie à virus Ebola. Les populations du Nord-Kivu meurtrie par la guerre et carnage de sa population ont du mal à comprendre les messages donnés par les mobilisateurs sociaux. Cela semble être dû a priori au degré de la mobilisation. Alors que pour la situation sécuritaire qu’elle vit, le niveau de la mobilisation est faible, on note une forte mobilisation s’agissant de l’épidémie avec une forte implication de la communauté tant nationale qu’internationale. La population est tentée de croire que c’est une maladie importée étant donné que la plupart des agents ne sont pas recrutés localement et leur traitement est de loin supérieur à celui de quelques agents recrutés localement.  Il est dommage de constater que certaines personnes moins informées vont jusqu’à intoxiquer la population en distillant des mensonges que le fait d’isoler les dépouilles suspectes avant leurs remises aux familles ou inhumation pour des cas confirmés constituent un moment favorable pour les équipes de les amputer de certains organes en vue de leur trafic. Devant ce fait, il est recommandé aux organisations de recourir à la main d’œuvre locale capable de communiquer avec les autochtones en langue locale et établir de ce fait une confiance.

Dans ce contexte, d’aucuns sont inquiets par rapport à l’organisation de manière régulière des élections présidentielles et législatives programmées pour le 23 décembre 2018 dans ces milieux de conflits armés récurrents et de virus Ebola. Le Gouvernement doit définir dès à présent des stratégies appropriées en vue de surmonter tous les défis préalablement définis quant à la bonne conduite des élections dans ce milieu.

Le phénomène ADF comme l’épidémie à virus Ebola sont deux réalités au Nord-Kivu et plus précisément dans sa partie appelée communément « Grand-Nord ». Tous deux ont entraîné les mouvements des populations qui fuient la guerre pour une partie et une autre le virus avec le risque de propagation. Une riposte avérée s’impose pour les deux situations au risque de ne pas organiser les élections dans la zone, les électeurs ayant déménagé de la  zone où ils ont été enrôlés. Aussi, la population est déjà paupérisée du fait qu’elle ne vaque plus à ses occupations champêtres et autres sources de revenue. Une assistance humanitaire serait la bienvenue et certains allégements fiscaux de la part du Gouvernement seraient indiqués pour soulager un tant soit peu la population meurtrie.

La démarche scientifique, en Afrique aussi, est un outil   performant, une force à promouvoir au service de l’humanité. Prof Kennedy Kihangi Bindu.

[1] N. NZEREKA MUGHENDI, Les déterminants de la paix et de la guerre au Congo-Zaïre, Bruxelles, éd. P.I.E.  Peter Lang, 2011, p. 363.

[2] Cf. J.B. JARIBU MULIWAVYO, Op. Cit., p. 4.

[3] D. ACEMOGLU et J. ROBINSON, La faillite des nations. Les origines de la puissance, de la prospérité et de la pauvreté, Paris, éd. Nouveaux horizons, 2015, p. 445.

[4] M. EBEKE, Aspect épidémiologique : le cas de la fièvre hémorragique à virus Ebola dans la région de la réserve de biosphère d’Odzala et les moyens de lutte utilisés, [en ligne], [référence du 28 septembre 2018], disponible sur http://whc.unesco.org/uploads/events/event-95-ebola.pdf

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